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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 09:38



Chapitre Un

Haldir sortit de la taverne en braillant le dernier couplet d’une chanson paillarde. Le bruit s’assourdit tandis que la porte se refermait derrière lui et les dernières paroles moururent sur ses lèvres. Il faisait nuit noire. Il titubait. Il s’était pourtant juré de ne plus jamais se saouler la gueule avec ses gardes.
Le lembas au chorizo qu’il avait avalé en grande quantité ne semblait pas vouloir rester dans son estomac et il se pencha au dessus d’un buisson pour régurgiter.
En observant son vomi à travers les deux kaléidoscopes qui lui servaient d’yeux, il découvrit quelques serpentins et des boules de cotillons. Il avait du les avaler sans s’en rendre compte à un moment ou à un autre.

Il força ses pieds à avancer, mais son godillot gauche heurta une taupinière et il se fracassa la gueule par terre, dans le carré d’herbes aromatiques. Il resta là, sans bouger pendant quelques minutes puis se releva en maugréant un « aïeuuuu », les paupières à demi closes, du persil coincé entre les dents.

Il essaya de retrouver le chemin de son talan, mais il dut se rendre à l’évidence après une bonne demie heure de marche entre les arbres gigantesques de Caras Galadhorn : il s’était paumé !
Comme la nuit était douce, il décida, avec ce qu’il lui restait de lucidité, de se trouver un bon petit coin tranquille pour se reposer. Il avançait au hasard, ne reconnaissant rien, cherchant surtout à éviter de finir dans les ronces.
Il savait qu’il était trop tard pour les regrets mais il se jura intérieurement de ne plus jamais remettre les pieds à une soirée mousse avec la garnison ! Il en avait encore plein les cheveux et des plumes de paon dépassaient de son collant vert… comment ferait-il demain matin pour retrouver un semblant de dignité et faire preuve d’une quelconque autorité sur ses troupes ?

Sa bouche était pâteuse et sa langue plus desséchée qu’un parchemin : il fallait qu’il trouve de l’eau au plus vite… un aspro 500 aurait aussi été bien utile.

L’ouïe semblait être son seul sens encore en état de fonctionner correctement et il se fia à ses oreilles pointues pour trouver la fontaine la plus proche. Il plongea toute la tête dans le bassin et but une longue rasade avant de se redresser soudain le cœur battant à toute vitesse. Oh merde !! Il reconnaissait l’endroit : il venait de faire trempette dans le miroir de Galadriel !

Il fit trois pas en arrière, regardant dans toutes les directions, voir si quelqu’un l’avait aperçu commettant l’irréparable sacrilège. Mais il n’y avait pas un rat à l’horizon et ses mouvements désordonnés ne servirent qu’à déclencher les prémices d’une grosse migraine à venir.

Rassuré, il s’approcha du miroir, jeta l’eau désormais aussi peu claire qu’il l’était lui même et le remplit à nouveau à l’aide de la magnifique aiguière d’argent de Galadriel.
Il voulait se barrer le plus vite possible avant qu’on ne le trouve là, mais il fut comme hypnotisé par les petits cercles dans l’eau et l’éclat des étoiles qui s’y reflétaient…

Soudain, des images se formèrent et il regarda défiler le film des grands moments de sa vie :
Il vit sa joie la première fois qu’il avait planté une flèche dans la cible, le serment de fidélité à ses souverains Galadriel et Celeborn, sa fierté le jour où il était devenu capitaine des gardes de Lorien ; il se revit goûter du chorizo pour la première fois, perdre sa virginité et trucider son premier orc … oui, il avait réussi. Il avait obtenu tout ce qu’il avait souhaité dans la vie.

Et puis il aperçut d’autres choses au fond de la bassine, des choses dont il était moins fier : la fois où il avait écrasé toute une famille d’escargots sous son godillot comme ça juste pour le plaisir et celle où il avait laissé crever ses potes alors que c’était son tour de faire la vaisselle au camping…

Le miroir lui montra également un nombre phénoménal de chutes et autres gadins en tout genre, dignes d’un best of vidéo-gag, l’une des meilleures étant la fois où, s’étant levé pour fermer la fenêtre, il avait voulu se rallonger sur son lit d’un bond et avait fini explosé sur le parquet avec une épaule démise…

Les eaux se firent noires un instant et les dernières images apparurent.
Haldir se vit tout seul.
Tout seul à ses anniversaires, parce que ses parents étaient à l’infirmerie avec l’un ou l’autre de ses frangins en train de se faire suturer.
Tout seul sur le quais quand ses parents avaient embarqués pour Valinor, Rumil et Orophin ayant été arrêtés par les gardes de la citadelle pour une sombre histoire de courses illégales de coléoptères...
Ses frères. Oui, il les aimait très fort… mais il devait bien admettre qu’il n’avait pas grand-chose en commun avec eux. Il ne partageait pas leurs délires de beaufs… en fait, il les avait toujours trouvés un peu lourdingues… Ils étaient tout le temps fourrés ensemble, tous les deux, à préparer de mauvais coups ; mais lui, l’aîné, celui qui se devait d’être le plus sage, avait été mis un peu de coté.

Les images continuaient à défiler :
Tout seul en train de construire son talan.
Tout seul dans la cuisine en train de se couper une rondelle de chorizo…
Tout seul dans le salon en train de repasser ses collants.
Tout seul dans son froc.

Tandis qu’il prenait soudain conscience de sa solitude et du vide intersidéral de son existence, une grande tristesse s’abattit alors sur lui.

Enfin, le miroir ne refléta plus que son visage bouffis par les excès de la soirée et ses yeux gonflés de larmes.
Il se détourna et partit en courant sans se soucier de là où ses pas pourraient bien le conduire puisque, quoi qu’il arrive, il y serait toujours seul et misérable.

                                                                                                * * *

Galadriel sortit du buisson où elle s’était planquée l’après midi pour faire une farce à Celeborn ; mais son mari avait été retardé et elle avait finit par somnoler, rêvant au temps d’avant, quand le monde était jeune et la miche de pain trois fois mois chère…

Tandis qu’Haldir s’éloignait, elle l’entendit tristement pousser une chansonnette de dépressif :

                                         Quel est donc ce mirage ? Cette image ? Sans visage.
                                                  Pourquoi miroir réfléchis-tu, sans me voir ?
                                          Je cherche en ma mémoire, Qui je suis, pour savoir.
                                                Perdu dans ces réflexions, Où mon âme s'égare
                                              Dans ce miroir d'illusions, Quelle elfe je vais voir ?


… et elle se résolut à faire quelque chose pour soulager sa peine !

                                                                                                  * * *

Au cours des semaines qui suivirent, Galadriel tenta diverses manœuvres pour changer les idées de son capitaine des gardes. Elle l’envoya en mission diplomatique à Fondcombe pour qu’il voie du pays, elle alla l’inscrire à un club de danse et lui fit prendre des cours de cuisine.

Elle arriva également à le convaincre d’aller faire du bénévolat chez les trolls et de prendre en charge l’instruction militaire de toutes les jeunes elfettes rebelles de Lorien…

Mais rien n’y faisait. Il restait bougon, encore plus hautain que d’ordinaire et surtout profondément malheureux.
Comme elle sentait que le nœud du problème venait de sa solitude, elle décida de lui imposer un colloc : un nain, nommé Sélin, bien crasseux, boute en train et totalement défoncé à la ganja. Comme c’était un ordre direct, Haldir dut obéir… mais le nain eut un regrettable accident dans la deuxième quinzaine de leur cohabitation, il passa malencontreusement à travers le plancher du talan et se fracassa en bas de l’arbre… ce qui le décida à rentrer chez lui, dans les Monts de Fer, sans plus attendre.

Galadriel ne savait plus quoi inventer pour rendre le sourire à Haldir, qui semblait s’étioler de jour en jour - il avait même loupé la cible deux fois lors des entraînements de tir à l’arc - et son miroir restait totalement muet quand elle essayait de l’interroger…

Elle allait abandonner et lui conseiller de faire voile pour Valinor quand, un beau jour, elle reçut une étrange missive…


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commentaires

Evy 01/02/2012 22:18


belle histoire j'aime les mirages et les elfes passe une bonne soirée bisous evy

Momoa 02/02/2012 09:45



Merci Evy :) Moi aussi j'aime bien les elfes... mais j'adore également les malmener un peu... ;)



Magaly 31/01/2012 18:50


AHAHAH, joli clin d'oeil à Mulan, j'adore !!!!! Pauvre Haldir, ça donne envie de le récupérer..... toute façon, il rentre pas dans ma boite aux lettres.....


Vite vite vite, la suite ;) et NON, je ne suis pas ton agent déguisé en fan !!!!! @ très vite, et MERCI !!!!!!


 

Momoa 01/02/2012 10:38



Deuxième chapitre en ligne :)


Ah et en plus tu reconnais les références!! Mais tu es la fan idéale!!



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