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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 22:38

Chapitre Quatre

Essoufflée par la montée vertigineuse des escaliers menant au palais de Galadriel, Melian eut l’intuition qu’elle allait devoir surveiller de près sa consommation de cochonneries si elle voulait continuer à se mouvoir librement dans la cité arborée.

Telle une apparition céleste, Galadriel descendit les marches, nimbée d’un halo scintillant et argenté. Ah c’est clair, elle avait fait du chemin depuis le jour où Melian l’avait trouvée en loques, traînant comme une clocharde après la débâcle du détroit d'Helcaraxë !

Poussant un joyeux « Hiiiiiiiiiiiiiii, ma copiiiiiiine !!! », elles se jetèrent dans les bras l’une de l’autre, sincèrement enchantées de se retrouver !

« Mais que t’est-il arrivé, ma chérie ? Tu as une mine affreuse !!
-    C’est Manwë, ce trou de balle, qui a dénaturé ma nouvelle enveloppe charnelle…
-    Ma pauvre… Es-tu toujours une elfe au moins ?
-   Oui et non, d’après ce que j’ai compris. J’en suis encore plus ou moins une en substance et mon destin est toujours lié à celui de notre peuple… mais j’ai aussi des caractéristiques empruntées à toutes les autres races des terres du milieu : les poils des nains, les grands panards des troll, la cervelle limitée et l’apparence physique désavantageuse des humains (sauf mes jolies petites oreilles pointues) et un appétit de hobbit…
-    Arg, quel mélange explosif ! Manwë t’a pas loupée ! Mais ça ne fait rien ! Tu es la bienvenue au royaume de Lorien !! »

Melian salua également Celeborn qui traînait dans les parages. Il avait l’air mal à l’aise. Il y a de cela bien longtemps, ils avaient eu une aventure tous les deux… une aventure qui avait duré à peu près cinq minutes (et encore, grand maximum)… Elle avait tout de suite vu qu’il ne serait pas à la hauteur de ses « exigences » et puis, de toute façon, peu de temps après, elle avait rencontré Thingol  qui, avouons-le, faisait vachement plus crédible en souverain…

                                                                                                    * * *

Quelques jours plus tard, Melian était installée dans un talan d’honneur et glandait sur une terrasse en compagnie de Galadriel. Elles papotaient, un verre de miruvor à la main, se remémorant le bon vieux temps en fumant l’herbe illicite que les hobbits leur fournissaient en échange de chorizo.

« Bon, trêve de plaisanterie, Galadriel : dis-moi tout sur ton capitaine de la garde, le bel Haldir !!!
-    Ah bon ? Il te plait ?, répondit malicieusement Galadriel, feignant l’étonnement
-    Pas qu’un peu ! Il a le plus joli pti cul que j’ai vu depuis celui de Beleg à l’arc de fer !! Mais ce que j’aime surtout chez lui, c’est sa beauté intérieure bien entendu…  et Melian fit un clin d’œil qui en disait long à son amie.
-    Tu es vraiment sûre que tu as mis tes bonnes lunettes, Melian, parce que c’est loin d’être l’elfe le plus sexy de Lothlorien, je t’assure… Certains lui trouvent même des ressemblances avec les dénommés Louis de Funès et Francis Lalanne… bien que j’ignore totalement qui sont ces deux individus…
-    Moi, je sais qui ils sont, mais cette hypothèse me parait absolument improbable ; avoir un lien de parenté avec De Funès ET Francis Lalanne, c’est trop pour un seul homme !
-    Si tu le dis…
-    Bon, et à part ça… il est maqué ?
-  Oula non !! Il a la réputation d’être un misogyne fini ! Il n’a jamais pu trouver godillot à son pied en matière de femme… de plus, je suis désolée de te le dire mais il a une aversion toute particulière pour les humaines et franchement, tu ressembles drôlement plus à une représentante de ce peuple qu’à une elfe désormais…
Sinon, je crois savoir que peu de gens arrivent à le supporter sur de longues périodes ; il a un sale caractère… qui ne s’est pas arrangé quand il a vu le sort qu’on lui avait réservé dans le documentaire sur la Guerre de l’Anneau ; y en a qu’un seul qui soit encore plus furax après Peter Jackson, c’est Glorfindel ! »

Elles se séparèrent peu après et Melian médita longuement sur ce qu’elle venait d’apprendre…

                                                                                                          * * *

Par un beau matin d’automne, Melian se promenait près de la clairière dédiée aux exercices de la garnison.
Haldir était là.
Il faisait particulièrement chaud pour la saison et la plupart des elfes avaient fait tomber la chemise… ou plutôt la tunique.
Melian n’avait d’yeux que pour le torse musclé du capitaine des gardes… Ses mouvements étaient gracieux et autoritaires à la fois. Il dirigeait une leçon d’escrime et même en retenant ses coups, on voyait bien qu’il surpassait aisément tous les autres soldats. Sous l’effort, la sueur perlait sur son corps d’éphèbe tandis que la bave coulait sur le menton de Melian.
Un « zvoufff » retentit dans la plaine et elle sut que son shorty en dentelle avait implosé. Il ne lui restait presque plus de sous vêtements depuis qu’elle avait rencontré Haldir.

Deux elfes s’approchèrent d’elle :
« C’est not’ frangin que vous reluquez comme ça ?
-    Vous êtes Rumil et Orophin, je parie. Haldir m’a parlé de vous…
-    En bien j’espère ?
-    Euh…. Vous vouliez me demander quelque chose ?
-    Ouais. On voulait juste vous prévenir : laissez tomber, vous et Haldir, ça le fera jamais.
-    Hein ?! Et pourquoi ça j’vous prie ?
-    On voit bien que vous l’avez pas vu se la péter avec la Communauté de l’Anneau. J’imagine même pas comment il mépriserait une simple humaine comme vous !
-    D’abord, chuis pas une humaine. Et quand bien même !!! Depuis quand une loi interdit-elle aux hommes elfes de niquer avec des humaines ??
-    Euh, bah, c’est comme ça, c’est sous-entendu… C’est un truc qui se fait pas, c’est tout ! Et puis beurk, quoi, quelle idée saugrenue…
-    Ah bon ?! Et bah c’est ce qu’on va voir !! Je déclare solennellement que je finirai par jouer un air de pipeau à Haldir… et plus si affinité ! Et je ne serais satisfaite que quand un elfe mâle aura enfin niqué avec une humaine !!
-    Le pauvre… »

Sur ce, elle s’en alla vers le champ de tir où d’autres elfes s’entraînaient. Elle choisit  un très bel arc galadhrim qu’elle banda n’importe comment. Elle ferma les yeux, tourna trois fois sur elle-même en murmurant « Oh, Elbereth, Giltoniel, si telle est la volonté d’Eru Illuvatar, que le destin guide cette flèche vers celui qui sera l’élu de mon cœur » et elle relâcha la corde.

« AÏEUUUUUUU », hurla Haldir qui venait de se prendre la flèche dans la fesse gauche.

« Ooups » , s’excusa Melian… Mais un petit sourire en coin plutôt espiègle venait démentir la sincérité de ces excuses. Désormais elle savait qu’Haldir était bel et bien son dulciné et quel que soit le temps que ça prendrait, elle finirait par se le farcir !
Autant commencer tout de suite ! Elle courut vers lui l’air faussement désolée : « chuis vraiment trop nulle au tir à l’arc, tu voudrais pas me donner des cours particuliers, Haldir ?? »
Un masque de consternation passa fugitivement sur le visage d’Haldir… et à partir de ce jour, c’est l’expression qu’on lui verrait le plus souvent…

                                                                                                     * * *

Melian avait insisté pendant des heures auprès de Galadriel et cette dernière, fatiguée, avait fini par céder.
La souveraine de Lorien convoqua donc son capitaine des gardes ainsi que Melian dans la clairière du miroir et leur demanda de regarder dedans tous les deux ensemble…
Ils se penchèrent au dessus de l’eau, leurs visages si proches l’un de l’autre, qu’à la faveur d’un souffle d’air, les cheveux bruns de Melian se mêlèrent un instant aux longues mèches argentées d’Haldir.
Le miroir s’alluma. Ils regardèrent les images sans mot dire. Puis les eaux redevinrent sombres et Melian se redressa en disant :

« Je sais ce que tu as vu, car c’est aussi dans mon esprit : c’est ce qui va se passer si on nique ensemble…. Et ça m’a l’air plutôt pas mal… »

Haldir la regarda, visiblement sans comprendre et tourna les talons, repartant vers la caserne où il était attendu. Mais avant de sortir de la clairière, il lança ces paroles à la cantonade, l’air un peu pincé :

« Je ne vois absolument pas de quoi tu veux parler, moi j’ai vu une grosse assiette de moules frites bruxelloise… »

Pourtant, ça n’était pas exactement ce que le miroir lui avait montré.
Mais ça, il ne l’aurait avoué pour rien au monde !

Haldir en était désormais convaincu : plus jamais il n’aurait la paix.           

 

                                                                                                                                                                                  FIN

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 11:43

Chapitre Trois :

Galadriel avait effectivement bien reçu la lettre de Melian et le hasard avait voulu qu’elle l’ouvre à un moment où elle se trouvait tout à coté de son miroir. Du coin de l’œil elle aperçut différentes scènes toutes plus déconcertantes les unes que les autres mais totalement délirantes et elle sut qu’elle devait faire bon accueil à sa vieille amie si elle voulait se marrer un peu.
 
Quand le miroir s’éteignit, elle essuya les larmes de rire qui perlaient au coin de ses yeux et fit appeler son capitaine des gardes, lui enjoignant d’aller chercher son invitée à Ost In Edhil.

Haldir scella son cheval, en prépara un deuxième, et se mit en route l’air toujours aussi apathique, ne sachant pas ce qui l’attendait ni que cette rencontre allait bouleverser sa vie à tout jamais.

Le voyage se déroula sans encombre. Il suivit la Nimrodel et en profita pour faire une lessive avec les caleçons qu’il avait du mal à ravoir, connaissant les propriétés quasi magiques de cette rivière en matière de nettoyage à froid. Puis il traversa les montagnes, observant de loin les marmottes mettre le chocolat dans le papier alu…

S’approchant du point de rendez vous avec un jour d’avance sur ses prévisions, il s’interrogea sur la fameuse « Melian » qu’il était censé ramener à Galadriel.
Il n’avait jamais été très bon en histoire - comptant sur Orophin pour partager ses brouillons lors des devoirs surveillés - et, bien que ce nom lui semble vaguement familier, il ignorait totalement qui elle avait été.

Ce qu’il vit, une fois arrivé, le cloua littéralement sur place : là, devant ses yeux ébahis se tenait une femme totalement nue, les cheveux au vent, en train de danser et chanter avec son pipeau dans les ruines de l’ancienne cité.
C’est pas qu’elle chantait vraiment faux, mais c’était plus proche de Cindy Sander que de Barbara Hendrix… Sa chanson résonnait dans la nuit paisible…

                                           « Mon amour, je t’ai vu au beau milieu d’un rêve
                                        Mon amour, un aussi doux rêve est un présage joli
                               Refusons tous deux que nos lendemains soient mornes et gris
                                               Nous attendrons l’heure de notre bonheur
                                                   Toi, ma destinée, je saurais t’aimer
                                          J’en ai rêêêêêvééééééééééééééééééééééééééééé »

… et elle dansait avec la grâce d’un gros camionneur polonais.

Ah ça ! Haldir en avait vu des trucs étranges au cours de sa longue vie, mais un spectacle pareil, jamais ! A aucun moment, il n’envisagea qu’elle puisse être réellement la personne qu’il était venu chercher. Elle ne l’avait pas encore vu, tant elle était absorbée par sa danse et il essaya de faire demi tour discretos pour se planquer dans les buissons, histoire de récupérer du choc qu’il avait eu devant une telle vision apocalyptique de la nudité féminine. Mais il s’emmêla les godillots et s’affala sur le sentier bruyamment ; un caillou pointu déchirant même son collant vert sur vingt bons centimètres.

Melian s’arrêta net au beau milieu de son show et posa les yeux sur l’elfe étendu par terre, empêtré dans sa cape. Et c’est alors que son destin fut scellé.
Il avait beau jurer et grommeler, maudissant les Valars et son problème d’oreille interne, avoir un bout de caleçon Babar visible sous son collant déchiré et l’air aussi peu avenant qu’un troll des cavernes constipé, il apparut aux yeux de Melian comme l’incarnation ultime de la virilité…

Elle s’élança vers lui, disposée à lui arracher ses fringues sur le champ ;  et une sensation totalement inconnue envahit le capitaine des gardes de Lorien.
Tout bouleversé, il eut soudain très peur et ne sachant pas comment réagir autrement, il attrapa son arc et le banda avec précipitation, l’air prêt à décocher sa flèche de façon particulièrement précoce.

« Arrière succube, postillonna-t’il à la figure de la jeune femme. Retourne dans les enfers glacés de Morgoth d’où tu es sans doute issue ! Je suis ici pour attendre et escorter une dame elfe du nom de Melian, pas pour subir les attaques d’une prédatrice sexuelle en proie à des pulsions démoniaques ! 
- Euh… sauf, que… c’est MOI, Melian ! »

Il en resta muet de stupeur pendant un bon moment, ne sachant comment rattraper ses paroles insultantes. Mais en même temps, il subsistait toujours un doute en lui : était-elle bien celle qu’elle prétendait être ?

Elle lui tendit la main pour l’aider à se relever car il était toujours à moitié en vrac sur la chaussée. Mais à peine l’eut-elle touché  qu’ils furent chacun propulsés en arrière par un coup de foudre digne d’une clôture électrique à tyrannosaures.

Sans faire le moindre commentaire sur ce qui venait de se passer, Melian partit alors chercher ses fringues qu’elle avait mises à sécher sur une branche tandis qu’Haldir changeait de collant (elle en profita bien entendu pour reluquer son calbut)

Il partirent immédiatement en direction des montagnes, sans échanger le moindre mot, chacun semblant perdu dans ses pensées.
A la nuit tombée, ils décidèrent de bivouaquer.

Assis autour du feu, Haldir prit enfin la parole :
« Bon, euh, on va faire comme si de rien n’était, ok ? 
-    Ça me va. Pour le moment. »

Il remit une bûche dans le feu de camp, mangea un marshmallow grillé et se préparait à s’allonger quand elle lui demanda soudain :
« Au fait, vous ne m’avez pas dit comment vous vous appelez…
-    Oh pardon, c’est vrai. Je suis Haldir, capitaine des gardes de Lothlorien.
-    Eh bien, enchantée, Haldir. J’espère que nous allons passer de bons moments ensemble et que nous apprendrons rapidement à mieux nous connaître… »

Là-dessus, elle s’étendit sur l’herbe et se mit à ronfler comme un oliphant asthmatique.

Les jours suivants, ils se parlèrent de façon plutôt courtoise. Haldir resta cependant sur ses gardes, craignant  qu’une pulsion nymphomane ne la reprenne.
Elle lui posa beaucoup de questions sur les Terres du Milieu et il y répondit tant bien que mal avec ses maigres connaissances en la matière. Il n’avait pas vécu la Guerre de la Grande Colère, ne connaissait aucun des fils de Fëanor et ne savait rien de l’époque précédant l’invention du chorizo.

Melian comprit que le monde avait changé. Elle le vit dans l’eau, le ressentit dans la terre et le sentit dans l’air ; beaucoup de ce qui existait jadis était perdu car aucun de ceux qui vivaient aujourd’hui ne s’en souvenait plus.

Mais c’est pas ça qui suffirait à la déstabiliser ! Elle n’était pas du genre à se laisser abattre pour si peu et, détournant son esprit de ces pensées déprimantes, elle se concentra sur la vision de son compagnon de voyage, chevauchant devant elle.

Haldir. Il était vraiment canon. Les muscles de ses épaules et de son dos jouaient sous la mince étoffe de sa tunique vert pomme et ses cheveux d’argent flottaient dans la douce brise estivale. Elle serra bien fort les cuisses contre sa selle et étouffa un « humpff », sachant qu’elle venait d’exploser sa petite culotte.

Plus tard dans l’après midi, les bois de la Lothlorien furent enfin en vue.
Haldir ressentit comme une bouffée de joie et de fierté à la vue de son magnifique pays. Et dire que quelques jours plus tôt il avait envisagé de se casser à Valinor pour retrouver sa maman et son papa…
Ils s’arrêtèrent en haut d’une colline couverte de fleurs parfumées ; les arbres majestueux aux reflets d’or et d’argent s’étendant devant eux.

« Voici Caras Galadhorn, le cœur du monde elfique sur terre, royaume du Seigneur Celeborn et de Galadriel, Dame de Lorien.
- Cool !, répondit Melian alors qu’un grand sourire se dessinait sur son visage, je suis sûre que je vais adorer vivre ici !! Allez, au galop : YAAAAH !! »

Tandis qu’il la regardait s’éloigner - sachant que si elle continuait comme ça, les gardes de la citadelle la choperaient vite fait et la ligoteraient sans coup férir - Haldir était bien incapable d’exprimer clairement ce qu’il ressentait désormais au fond de lui : envie de rire, de pleurer, peur panique ou stupéfaction totale… Mais une chose était sûre : le vide, l’ennui et la solitude, c’était définitivement terminé pour lui ! S’il avait bien une certitude à cet instant précis, c’est que Melian y veillerait !

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 10:28

Chapitre Deux

(Quelques mois plus tôt)

Melian sortit du coaltar en entendant une voix grasse s’écrier : « Nom de d’là, d’bon d’là, qu’est ce que c’est-y donc que c’t’engin ??!! »
Elle était épuisée et tourna la tête dans l’espoir de se rendormir, se calant plus confortablement dans son oreiller moelleux, mou, humide, froid, visqueux, gélatineuuuuu….. ??!!!!! « Aaaaaaaaaaaaaarg !!!!!!!! », hurla-t’elle se redressant à toute vitesse en comprenant qu’elle avait dormi sur une grosse méduse bien flasque.

Une fois debout, la tête lui tourna un peu et elle mit quelques minutes à s’apercevoir qu’elle était sur une plage, entièrement à poil, face à trois gros bonshommes  rougeauds.

Alors elle se rappela comment elle en était arrivée là…

Manwë ! C’était sa faute ! Quel boulet celui là ! Il l’avait virée des Terres Immortelles à grand coup de godillot dans le derrière ! Tout ça parce qu’elle aimait jouer du pipeau les soirs de pleine lune… et aussi peut être un peu parce qu’elle avait tenté de faire un putch pour le virer de son trône… Elle n’y pouvait rien : depuis toujours elle était une rebelle. La preuve : lors de la grande musique des Ainurs, elle avait chanté « Tata Yoyo » au lieu de se conformer à l’harmonie d’Illuvatar.
Et pis, faut dire que les Valars n’avaient guère apprécié le fait qu’elle prenne une enveloppe charnelle pour niquer avec les elfes (Jaloux ! Bande de frustrés)
Après le saccage de Doriath, quand elle s’était défaite de son corps pour laisser son esprit retourner vers les Terres Immortelles, elle était descendue dans les cavernes de Mandos, voir comment allait son époux, Thingol.
Mais elle devait bien avouer qu’elle ne lui trouvait plus le même attrait que cinq mille ans plus tôt : il était devenu pantouflard, grognon et passait son temps dans un atelier à bricoler des étagères Ivår…
Il lui avait également dit que selon les termes de leur contrat de mariage c’était « jusqu’à ce que la mort les sépare » et pas plus loin !
Ne sachant que faire, Melian avait traîné sa peine et son flûtiau à Valinor pendant tout le second age…
En discutant avec l’esprit de Fëanor, elle se rendit compte que la monarchie des Valars n’était même pas constitutionnelle et, pour passer le temps, elle fomenta une révolte… sans rencontrer grand écho, il faut bien l’avouer…
Manwë en avait eu vent et saisit l’occasion pour se débarrasser de cette encombrante Maïa qui le gavait depuis toujours. Il la condamna à  l’exil.

Laissée à la dérive sur un radeau cosmique pendant presque tout le troisième âge, l’esprit de Melian vagabonda sur divers mondes avant d’accoster enfin, ce matin là, sur les doux rivages de la Terre du Milieu.

« Euh……. Bonjour ? », lança t’elle aux trois hommes, tachant de ramener ses longs cheveux pleins de varech  sur le devant pour cacher un peu sa nudité.
Mais aucun d’entre eux ne répondit. Ils la regardaient comme une extraterrestre, l’un se frottant la tête, l’autre se curant les narines et le troisième se grattant les bobolles.

« Tu crois que c’est une elfe, Green Gil ?
-    Nan pas possible avec autant de poil aux pattes, Big Jo
-    Seuls les trolls ont d’aussi grands panards !
-    Mais elle est trop grande pour être une naine et trop petite pour être un troll
-    Et c’est pas une humaine, regardez, elle a les oreilles pointues !
-    Ah ouais, Pig Chris, j’avais pas vu ! »

Melian totalement perdue, ne comprenait rien à ce qu’ils racontaient quand soudain elle prit conscience qu’elle avait de nouveau un corps !! Et quel corps !!
Elle qui n’avait été que pur esprit pendant plusieurs millénaires avait presque oublié ce que ça faisait que d’avoir une enveloppe charnelle.
Elle regarda ses mains, ses pieds, se tourna autant qu’elle put pour voir ses fesses et encaissa le choc : elle n’avait absolument pas le même corps que la première fois !

Quand elle s’était incarnée au première âge, elle avait choisi elle-même tous les attributs de la méga bombe, mais ce qu’elle découvrait là, c’était un pur cauchemar ! Qui avait bien pu lui donner un corps pareil ??
Manwë !!!
Ce fils de… !!!
Elle toucha son visage. Consternée. Elle n’avait pas besoin de miroir pour savoir qu’elle avait désormais une tronche… originale.

Pendant une minute, elle envisagea de se défaire de ce corps disgracieux pour redevenir un pur esprit mais une voix tonna dans les cieux :

« Meliaaaan, ici Illuvatar. J’te préviens, si tu te débarrasses de ce corps, tu ne pourras plus jamais en recevoir un autre… Alors réfléchis bien à ce que tu vas faire.
J’ai décidé de t’accorder une seconde chance sur les Terres du Milieu.
Profites en bien et, qui sait, peut être trouveras-tu le bonheur auquel tu aspires…
Si après cette nouvelle expérience, ça le fait toujours pas, je séparerai ton destin de celui des elfes et tu iras faire un tour du côté de chez Swann, là où j’envoie les humains. Es tu d’accord avec les termes de ce marché ?
-    Euh, j’ai pas vraiment l’impression d’avoir le choix…
-    C’est exact. »

Le tonnerre gronda et le silence se fit sur la plage.

« Mais pourquoi tant de poiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiils ??? », hurla Melian à l’adresse du créateur… mais seul le piaillement des mouettes lui répondit.

Les trois gros bonshommes qui avaient assisté à toute la scène semblaient paralysés par une crainte révérencieuse… ou alors c’était dû à un début de coma éthylique…
Melian retrouva alors son autorité naturelle, celle qui lui avait permis de gouverner le royaume de Doriath auprès de son époux pendant plusieurs millénaires, et elle ordonna aux trois autochtones de la conduire dans un endroit où elle pourrait récupérer des vêtements et de quoi se restaurer, car elle commençait à avoir sérieusement la dalle !

Elle alla donc s’incruster dans le petit village de pêcheurs, à deux pas de là où elle avait été rejetée par la marée et par les Valars. Elle y resta pendant environ trois mois qu’elle passa à maîtriser son nouveau corps et ses étranges pulsions, à réfléchir à sa situation et à monter une fanfare jouant exclusivement de la musique islandaise.
Quand elle eut accepté son sort et compris qu’il lui faudrait s’épiler tous les jours si elle ne voulait pas être confondue avec Chewbacca, elle s’enquit auprès des villageois au sujet d’une quelconque présence elfique dans les parages. En effet, elle avait jeté un coup d’œil aux cartes conservées à la bibliothèque de la bourgade et découvert que les Terres du Milieu ne ressemblaient plus du tout à ce qu’elle avait connu. Nulle mention de son ancien royaume ni de la belle province du Beleriand où elle avait passé sa jeunesse. Tous ces nouveaux noms Arnor, Gondor, Rohan, la Comté, Sachet, lui étaient totalement inconnus…

Les réponses qu’elle reçut furent assez déconcertantes : personne ne semblait savoir où se trouvaient les elfes, certains pensaient même qu’ils n’étaient qu’une légende ou que c’était des créatures minuscules avec des petites ailes dans le dos : ridicule !

Melian allait commencer à désespérer quand l’ancien du village trouva un jour un vieux parchemin mentionnant le nom de Galadriel et du pays de Lorien. Elle faillit s’en étrangler de joie en avalant un bretzel de travers.
Mais aucune autre indication n’était disponible, et ne voulant pas errer sans fin sur les Terres du Milieu, Melian décida d’envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception pour vérifier si la Lothlorien existait bel et bien.

Cette idée particulièrement intelligente fut un succès et quelques temps plus tard, elle reçut un télégramme : « Ma chère amie. Quelle joie de te savoir de retour parmi nous. Remonte la Mitheithel et la rivière Glanduin jusqu’à l’ancienne cité d’Ost in Edhil. Je t’envoie une escorte et une besace pleine de chorizo qui t’attendront là bas quand la lune sera pleine. A très bientôt. Galadriel. »

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 09:38



Chapitre Un

Haldir sortit de la taverne en braillant le dernier couplet d’une chanson paillarde. Le bruit s’assourdit tandis que la porte se refermait derrière lui et les dernières paroles moururent sur ses lèvres. Il faisait nuit noire. Il titubait. Il s’était pourtant juré de ne plus jamais se saouler la gueule avec ses gardes.
Le lembas au chorizo qu’il avait avalé en grande quantité ne semblait pas vouloir rester dans son estomac et il se pencha au dessus d’un buisson pour régurgiter.
En observant son vomi à travers les deux kaléidoscopes qui lui servaient d’yeux, il découvrit quelques serpentins et des boules de cotillons. Il avait du les avaler sans s’en rendre compte à un moment ou à un autre.

Il força ses pieds à avancer, mais son godillot gauche heurta une taupinière et il se fracassa la gueule par terre, dans le carré d’herbes aromatiques. Il resta là, sans bouger pendant quelques minutes puis se releva en maugréant un « aïeuuuu », les paupières à demi closes, du persil coincé entre les dents.

Il essaya de retrouver le chemin de son talan, mais il dut se rendre à l’évidence après une bonne demie heure de marche entre les arbres gigantesques de Caras Galadhorn : il s’était paumé !
Comme la nuit était douce, il décida, avec ce qu’il lui restait de lucidité, de se trouver un bon petit coin tranquille pour se reposer. Il avançait au hasard, ne reconnaissant rien, cherchant surtout à éviter de finir dans les ronces.
Il savait qu’il était trop tard pour les regrets mais il se jura intérieurement de ne plus jamais remettre les pieds à une soirée mousse avec la garnison ! Il en avait encore plein les cheveux et des plumes de paon dépassaient de son collant vert… comment ferait-il demain matin pour retrouver un semblant de dignité et faire preuve d’une quelconque autorité sur ses troupes ?

Sa bouche était pâteuse et sa langue plus desséchée qu’un parchemin : il fallait qu’il trouve de l’eau au plus vite… un aspro 500 aurait aussi été bien utile.

L’ouïe semblait être son seul sens encore en état de fonctionner correctement et il se fia à ses oreilles pointues pour trouver la fontaine la plus proche. Il plongea toute la tête dans le bassin et but une longue rasade avant de se redresser soudain le cœur battant à toute vitesse. Oh merde !! Il reconnaissait l’endroit : il venait de faire trempette dans le miroir de Galadriel !

Il fit trois pas en arrière, regardant dans toutes les directions, voir si quelqu’un l’avait aperçu commettant l’irréparable sacrilège. Mais il n’y avait pas un rat à l’horizon et ses mouvements désordonnés ne servirent qu’à déclencher les prémices d’une grosse migraine à venir.

Rassuré, il s’approcha du miroir, jeta l’eau désormais aussi peu claire qu’il l’était lui même et le remplit à nouveau à l’aide de la magnifique aiguière d’argent de Galadriel.
Il voulait se barrer le plus vite possible avant qu’on ne le trouve là, mais il fut comme hypnotisé par les petits cercles dans l’eau et l’éclat des étoiles qui s’y reflétaient…

Soudain, des images se formèrent et il regarda défiler le film des grands moments de sa vie :
Il vit sa joie la première fois qu’il avait planté une flèche dans la cible, le serment de fidélité à ses souverains Galadriel et Celeborn, sa fierté le jour où il était devenu capitaine des gardes de Lorien ; il se revit goûter du chorizo pour la première fois, perdre sa virginité et trucider son premier orc … oui, il avait réussi. Il avait obtenu tout ce qu’il avait souhaité dans la vie.

Et puis il aperçut d’autres choses au fond de la bassine, des choses dont il était moins fier : la fois où il avait écrasé toute une famille d’escargots sous son godillot comme ça juste pour le plaisir et celle où il avait laissé crever ses potes alors que c’était son tour de faire la vaisselle au camping…

Le miroir lui montra également un nombre phénoménal de chutes et autres gadins en tout genre, dignes d’un best of vidéo-gag, l’une des meilleures étant la fois où, s’étant levé pour fermer la fenêtre, il avait voulu se rallonger sur son lit d’un bond et avait fini explosé sur le parquet avec une épaule démise…

Les eaux se firent noires un instant et les dernières images apparurent.
Haldir se vit tout seul.
Tout seul à ses anniversaires, parce que ses parents étaient à l’infirmerie avec l’un ou l’autre de ses frangins en train de se faire suturer.
Tout seul sur le quais quand ses parents avaient embarqués pour Valinor, Rumil et Orophin ayant été arrêtés par les gardes de la citadelle pour une sombre histoire de courses illégales de coléoptères...
Ses frères. Oui, il les aimait très fort… mais il devait bien admettre qu’il n’avait pas grand-chose en commun avec eux. Il ne partageait pas leurs délires de beaufs… en fait, il les avait toujours trouvés un peu lourdingues… Ils étaient tout le temps fourrés ensemble, tous les deux, à préparer de mauvais coups ; mais lui, l’aîné, celui qui se devait d’être le plus sage, avait été mis un peu de coté.

Les images continuaient à défiler :
Tout seul en train de construire son talan.
Tout seul dans la cuisine en train de se couper une rondelle de chorizo…
Tout seul dans le salon en train de repasser ses collants.
Tout seul dans son froc.

Tandis qu’il prenait soudain conscience de sa solitude et du vide intersidéral de son existence, une grande tristesse s’abattit alors sur lui.

Enfin, le miroir ne refléta plus que son visage bouffis par les excès de la soirée et ses yeux gonflés de larmes.
Il se détourna et partit en courant sans se soucier de là où ses pas pourraient bien le conduire puisque, quoi qu’il arrive, il y serait toujours seul et misérable.

                                                                                                * * *

Galadriel sortit du buisson où elle s’était planquée l’après midi pour faire une farce à Celeborn ; mais son mari avait été retardé et elle avait finit par somnoler, rêvant au temps d’avant, quand le monde était jeune et la miche de pain trois fois mois chère…

Tandis qu’Haldir s’éloignait, elle l’entendit tristement pousser une chansonnette de dépressif :

                                         Quel est donc ce mirage ? Cette image ? Sans visage.
                                                  Pourquoi miroir réfléchis-tu, sans me voir ?
                                          Je cherche en ma mémoire, Qui je suis, pour savoir.
                                                Perdu dans ces réflexions, Où mon âme s'égare
                                              Dans ce miroir d'illusions, Quelle elfe je vais voir ?


… et elle se résolut à faire quelque chose pour soulager sa peine !

                                                                                                  * * *

Au cours des semaines qui suivirent, Galadriel tenta diverses manœuvres pour changer les idées de son capitaine des gardes. Elle l’envoya en mission diplomatique à Fondcombe pour qu’il voie du pays, elle alla l’inscrire à un club de danse et lui fit prendre des cours de cuisine.

Elle arriva également à le convaincre d’aller faire du bénévolat chez les trolls et de prendre en charge l’instruction militaire de toutes les jeunes elfettes rebelles de Lorien…

Mais rien n’y faisait. Il restait bougon, encore plus hautain que d’ordinaire et surtout profondément malheureux.
Comme elle sentait que le nœud du problème venait de sa solitude, elle décida de lui imposer un colloc : un nain, nommé Sélin, bien crasseux, boute en train et totalement défoncé à la ganja. Comme c’était un ordre direct, Haldir dut obéir… mais le nain eut un regrettable accident dans la deuxième quinzaine de leur cohabitation, il passa malencontreusement à travers le plancher du talan et se fracassa en bas de l’arbre… ce qui le décida à rentrer chez lui, dans les Monts de Fer, sans plus attendre.

Galadriel ne savait plus quoi inventer pour rendre le sourire à Haldir, qui semblait s’étioler de jour en jour - il avait même loupé la cible deux fois lors des entraînements de tir à l’arc - et son miroir restait totalement muet quand elle essayait de l’interroger…

Elle allait abandonner et lui conseiller de faire voile pour Valinor quand, un beau jour, elle reçut une étrange missive…


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